lundi 5 janvier 2015

Drôle de comparaison !


Lorsqu'il m'arrive de contempler un élevage de tortues terrestres, je ne peux m'empêcher de penser à ces réunions soporifiques siégeant au Palais du Luxembourg. On sait que les tortues ont cette faculté de vivre longtemps en se hâtant lentement. Animal grégaire au même titre que le sénateur, la tortue nous montre l'art de dormir éveillé en permanence, l'art de survivre et de s'adapter sans faire de vagues.
Les seules motivations de ces deux engeances semblent se situer au niveau du sommeil réparateur, de la garniture de leur glande stomacale et, pour certains sujets mâles encore vigoureux, d'une bruyante et difficile fornication.
Mais soyons rassurés, si les tortues mâles tentent de copuler quotidiennement avec leurs consoeurs, il n'en est pas de même pour nos sénateurs (chez eux, on compte à peu près 7,8 mâles pour 2,2 femelles). Ceux-ci se tourneront plus naturellement vers leurs secrétaires ou leurs femmes de chambres. Comme on les comprend !

Pour information :
- on ne compte aucun sénateur de moins de 30 ans

- on ne compte que 3 sénateurs de moins de 41 ans
- on compte 21 sénateurs de 41 à 50 ans
- on compte 70 sénateurs de 51 à 60 ans
- on compte 167 sénateurs de 61 à 70 ans
- on compte 76 sénateurs de 71 à 80 ans
- et on compte même 7 sénateurs de plus de 81 ans

Ces gens sont très représentatifs de la communauté française dans son ensemble sauf que 2 sénateurs ont l'audace d'être d'anciens ouvriers. Je n'ai pas creusé assez profond pour découvrir si ces deux là sont besogneux ou opulents. Au moins les tortues ne sont pas, comme les fourmis, les abeilles ou les humains réparties hiérarchies et en castes dominantes, dominées. Nos sénateurs semblent appartenir à la catégorie des roitelets suffisants.

Tout le monde sait que ces retraités de la république sont très majoritairement cumulards(76,5 %). Ceci m'amène à penser que les 243 sénateurs d'un âge supérieur à 61 ans ne devraient recevoir aucun émolument. Il est bien évident que cette idée s'applique aussi à nos "chers" députés et à tous nos "très chers" élus.
On ne devrait entrer en politique qu'après avoir chèrement acquis ses droits à la retraite. La politique pourrait presque devenir philanthropie.
Mais je m'égare, je fabule, non je cauchemarde !

Que l'on soit poussin ou colibri, on aimerait voir tous ces "gros porteurs d'eau" s'activer à participer à éteindre le gigantesque incendie qui va détruire les pauvres animaux grégaires que nous sommes devenus.

Pour revenir à la comparaison entre tortue et sénateur, on peut constater que la première est actuellement en hibernation totale jusqu'à l'arrivée du printemps, alors que le second est en semi-hibernation permanente. Il ne se réveille que pour ouvrir sa bourse afin d'y enfouir ses pépites si durement obtenues ou éventuellement pour recevoir une décoration amplement méritée.

Dd

mardi 23 décembre 2014

Supplique au Père Noël


Petit Papa Noël, toi qui vas descendre du ciel et visiter notre beau pays, avant de partir il faudra bien te couvrir. N'oublie pas ton gilet pare-balles et ta Kalachnikov, surtout s'il te vient l'idée de passer par Joué-les-Tours, Nantes ou même Dijon.
Petit Papa Noël avant de partir, passe voir Saint Nicolas et emprunte lui son Père Fouettard de manière à ce qu'il corrige tous ceux qui ont été méchants. A commencer par le vilain François et son ouvrier qualifié manuellement. Dis lui bien de ne pas oublier de faire le ménage à l'intérieur de la case neuve, qu'il s'accompagne d'un électricien pour faire un peu de lumière dans cette sombre demeure.
Petit Papa Noël ne t'attarde pas trop dans les autres pays, tu sais on a vraiment besoin de toi ici. Il est urgent de remettre un peu d'ordre, d'amour et de bonheur dans notre demeure.

Petit Papa Noël fais très attention quand tu descendras par la cheminée. Peut-être n'as tu pas eu l'information, mais il s'avère que nombre de foyers ouverts ont été fermés par les ouvriers de la Société EELV, car trop polluants. Alors, fais gaffe, te laisses pas enfermer à l'intérieur d'un de ces pièges à calories, tu pourrais te brûler les miches et ta mission serait gravement compromise. Promets-moi d'être très prudent !
Petit Papa Noël si cette année, au lieu de refiler des cadeaux inutiles à des gens qui n'en ont aucune utilité, tu distribuais du travail et du courage à ceux qui veulent bosser. Chose que nos clowns non déguisés sont incapables de faire.
Si tu veux garder ton boulot, surtout ne te laisses pas emmerder par ceux qui t'accusent de faire des heures supplémentaires et si tu prends un peu de retard dans tes livraisons, je sais que tu bosseras Dimanche pour tenter de rattraper ton retard. Ouf ! tu n'es pas affilié au SDPN, cette fois encore, on a échappé à la distribution UPS. Et si tu es vraiment à la bourre, embauche la Mère Noël mais surtout, ne l'inscrit pas au RSI, tu la paies au black.
Quand tu iras visiter certains endroits craignos,(les ministères par exemple) mets tes lutins à l'abri, inutile de les exposer si jeunes.
Parce que c'est Noël, tu as l'autorisation de ton supérieur, là-haut, de t'attarder un peu à déguster quelques bons vins et autres alcools et victuailles. Mais attention, ne vas pas provoquer un accident parce que tu t'es "piqué la ruche", on a bien assez de débiles qui fauchent les piétons en chantant ou en gueulant.
Un conseil tout de même, ne t'attardes pas avec les enfants, certains pourraient t'accuser de délires satyriaques.

Petit Papa Noël, il ne me tarde pas que le jour se lève : tu devines pourquoi !

Dd

mardi 16 décembre 2014

Laissez nous un peu de liberté !


Coluche disait : « Les technocrates, si on leur "donnerait" le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs. » ou « Les technocrates, c'est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu'ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t'as posée ! »
Excellentes définitions !
Que nos technocrates pondent des conneries à répétition, soit, mais qu'ils les couvent systématiquement afin d'avoir le plaisir de les voir éclore au grand jour, non ! C'est ainsi qu'ils ont décidé, puisque on a interdit le port du voile, on va interdire les crèches dans les lieux publics. Merde ! Il faut avoir un Q.I. très largement au dessus de la moyenne nationale pour faire éclore une idée pareille. Encore faudrait-il aller jusqu'au bout de cette soi-disant laïcité et continuer d'interdire telle fête, telle manifestation, tel comportement à connotation religieuse. Par décision autoritaire, vouloir balayer d'un revers de main quinze siècles de culture religieuse chrétienne et même catholique est une grave erreur.
Je suis un bon laïque, j'ai fait disparaître tous les indésirables qui peuplent habituellement une vraie crèche de Noël.

Voilà presque un an je m'insurgeais contre l'interdiction de faire du feu dans les cheminées. La plaisanterie semble vouloir se concrétiser. Enfin, nous allons pouvoir respirer un air sain ! Il était temps !

A près avoir sévi sur le calibre des bananes, la couleur des tomates et le rapport diamètre/hauteur des nectarines, nos valeureux technocrates s'attaquent à la lourde tâche de simplifier les appellations des viandes. Fini le collier, l'araignée ou le plat de côte, on va voir apparaître des étoiles colorées sans doute identiques aux nouvelles notes attribuées à nos chères têtes blondes ou brunes. La grande simplification est en marche, je suggère même d'aller plus loin : on pourrait par exemple remplacer le mot vache par "meuh" et le verbe manger par "miam" etc, etc...

Jamais en retard, nos technocrates européens veulent plus de transparence dans les restaurants. Ces derniers devront prévenir les allergies alimentaires en affichant la nature de tous les produits allergènes contenus dans les menus. Aie ! Attention ! On ne rigole pas. Sans doute y a-t-il trop d'accidents dus aux repas servis dans les restaurants. Moi qui suis allergique aux politiciens, comme nombre de mes compatriotes, je vais tenter de réclamer une loi susceptible de me (de nous) délivrer de cette cruelle maladie.

Ne pourrait-on pas nous foutre la paix ? A travers toute la presse, on m'explique que nous vivons dans un monde ultra-libéral. Un monde sans interdits, sans lois, sans barrières, sans guides et sans solidarité.

Il y a trop de mou, serrons encore un peu le noeud.

Dd



mercredi 10 décembre 2014

Souvenance


J'ai vu, sur un écran fidèle, ces regards incolores, liquéfiés et abstraits. Des regards émaciés dans leurs profondes orbites. Voyageurs égarés aux corps nus et osseux qui marchent lentement vers un cruel destin.
Aucun visage connu dans cette foule immense, mais la peur que j'ai lue dans les yeux résignés m'arrive en pleine gueule comme un honteux regret. Il y a là ma chair, mes parents mes ancêtres, leurs amis et leurs frères ; esclaves d'un monde fou ils vont, menés par des tribuns au cerveau trafiqué, vers l'incinérateur.
Aucun ne m'est connu, aucun ne m'a connu, pourtant leurs pleurs et leurs cris m'appellent et me supplient.
Que jamais ces mémoires assassines ne s'évaporent dans l'oubli !
Que les bourreaux n'oublient pas leurs esclaves !
Que les esclaves se souviennent de leurs bourreaux !


Dd



lundi 24 novembre 2014

Souvenirs dilués


Dieu que ce miroir est laid !

Quand je le regarde au fond des yeux, je ne vois qu'un étranger. La douloureuse sensation de se "déconnaître", malgré quelques souvenirs en flou omnicolore
Mais qui c'est celui-là ?
Dans le psyché une autre image, juxtaposée, mais féminine.
Á qui sont ces sourires idiots qui troublent la buée de mon miroir ? C'est ma mémoire qui m'interroge, je ne lui réponds pas ! Où suis-je passé ?
Á travers la brume, cet autre visage parle, je vois deux lèvres qui me questionnent : « tu ne me reconnais pas ? ». Mon oreille entend la voix qui dit la même phrase sur un ton de reproche.
Je cherche ! Pourquoi ce vide ?
Avec ma main je frappe ma tête, je vais retrouver les souvenirs comme avant l'œuvre de la gomme qui a effacé les pages moisies de mon histoire.
« C'est moi » me dit le brouillon d'une voix que j'entends.
Et alors ! Je sais bien que c'est moi, je reconnais mon odeur, mon parfum.
Mais qui est moi ? Serait ce celui qui me regarde dans les yeux avec insistance. Il me met mal à l'aise. Pourquoi tente t-il de me terroriser ?
Il a une sale gueule et l'autre aussi, elle me fait peur avec sa tête de gravure de mode millésimée.

Qu'avez vous fait de ma famille ?  On est bien tous ensemble ! Laissez moi passer, je vais les chercher ! On a tout l'avenir devant nous !

Dd

dimanche 9 novembre 2014

Qui suis-je ?

J'ai été, avec le premier sourire, le premier émerveillement de la vie... 
Je vous ai souvent fait trébucher sur le son ou la musique d'une image acoustique. Puis vos oreilles attentives ont gardé le pouvoir de commander la langue.
Avec "maman", "papa", vous êtes devenus orateurs.
Dans les rires,
dans les cris,
dans les pleurs,
j'ai forgé vos savoirs.
C'est dans vos familles, dans la rue, à l'école ou à la télévision, le vécu, le sagesse, tout ce que je vous ai transmis, tout ce que je vous ai appris, ce que je vous enseigne encore aujourd'hui ; à votre tour, autour de vous, vous témoignez.
Si quelques fois, celui qui se dit mon binôme, vous écorche les oreilles, quand il se veut vulgaire ou insultant, n'oubliez pas je peux être envoûtant lorsqu'on me sert châtié. C'est un merveilleux monde quotidien, une des plus grandes aventures de la vie quand on me partage, quand on me comprend.
C'est le plus beau trésor ordinaire, ne le gâchez pas en me martyrisant, en me torturant, en m'utilisant pour calomnier, pour injurier, pour blesser ou pour tuer.
Eh oui ! Qui suis-je ?
Je n'ai jamais eu vocation à mentir, pourtant nombre se servent de ma facilité pour tricher, enjoliver ou enlaidir selon l'usage que l'on veut faire de moi. Quand vous devenez langues de vipères, je ne suis alors que le spectateur de vos fabulations et de vos impostures.
Trop souvent manipulé et détourné, vous ne pouvez cependant pas vous passer de ma compagnie car, que je sois cri ou murmure, je suis celui qui vous donne la parole. Je suis le langage.

Dd

jeudi 30 octobre 2014

Simplification du bulletin de paie

 Aie ! Gare aux retenues cachées.


Tous les patrons sont des salauds ! Le patron de la CGT vient de nous le confirmer, en utilisant les fonds du syndicat pour la rénovation de son appartement.
C'est sans doute pour une raison similaire, qui consiste à cacher les cotisations à ces imbéciles de salariés, qu'on va "raccourcir ou condenser" la feuille de paye. Je vous rassure tout de suite, les cotisations ne seront en aucun cas raccourcie, au contraire, puisque qu'à partir du premier janvier 2015, on va avoir la joie de cotiser pour les syndicats. Si, si, les mêmes qui dépensent 130 000 euros pour retaper l'appartement à Thierry Lepaon. Le vôtre (appart) n'a pas besoin d'une petite remise à neuf ? Le mien si !
origine gidmoz

Revenons à notre feuille de salaire plus courte. Cachons les cotisations patronales (payées sur le salaire) et ne laissons apparaître que les cotisations salariales (payées aussi sur le salaire), quelle économie et quelle simplification, on peut même y ajouter quelques petits chiffres bien planqués pour, par exemple, financer les syndicats qui en ont bien besoin comme tout le monde peut le constater. Demain, les salariés, grâce à leurs salaires mirobolants, financeront sans doute aussi les pauvres partis politiques. Donc attendez vous, avec cette nouvelle mode des cotisations cachées, à de nouvelles ponctions. Remarquez, c'est pas grave, vous ne les verrez pas apparaître sur votre feuille de paye, elles seront donc indolores. Pas con !

Une feuille de salaire devrait se résumer à trois lignes :
- ligne un le salaire brut
- ligne deux les cotisations
- ligne trois le salaire net
Et ceci serait aussi, voire plus parlant que ces usines à gaz remplies de chiffres inutiles. Un tableau d'affichage suffirait à donner l'explication de la ligne deux. Il est vrai que le nombre contenu dans cette ligne deux serait tellement réaliste, qu'il est préférable de le diviser en mille et un petits chiffres trompeurs.

D'après les calculs, "toujours très justes", issus de Matignon cette simplification des feuilles de paye fera économiser plusieurs milliards d'euros par an aux entreprises ??? Ceci en passant de 30 lignes à 15 lignes. Sans doute sur le papier et le toner !!!
Et on paye des guignols pour nous raconter de telles salades ! Ceux-ci sont plus dangereux que certains clowns.
Pour les entreprises, pas de simplification, la grosse tuyauterie financière restera en place avec le même travail de dispatching dans chacune des tubulures.

Dd

lundi 13 octobre 2014

La transitude énergétique

Vue par une Ségolène Royal en pleine possession de ses facultés, la fameuse Transition énergétique va nous voir fleurir de belles petites taxes bien dodues. Même s'il ne s'agit pas seulement d'un lobby écologiste, puisque la loi a été votée par un majorité de députés, cette loi laisse rêveur. Voyons plutôt !
Cinq jours et sans doute autant de nuits de discussions ( mais pourquoi la nuit, ils n'ont donc pas de syndicat pour les défendre des cons de députés ? réponse : mais enfin, à cause des primes, présence ou pas présence. Elles sont pas belles les séances de notre assemblée ? On peut même dormir un peu, le patron ne dira rien. N'est ce pas Cécile !)
Vingt huit députés étaient présents lors du vote !

Pour voter quoi :
- Interdiction des sacs plastiques à usage unique à partir de 2016 (rien sur les pneus usagés et les plastiques des semis de culture qui polluent les campagnes françaises. A quand une consigne sur les pneus ?)
- Interdiction de la vaisselle jetable à partir de 2020 ( chacun a pu remarquer qu'assiettes et couverts jonchaient les rues de nos villes et les vertes prairies de nos campagnes)
- Création de chèques énergie pour les ménages modestes
- Développement des véhicules électriques (seront-ils obligatoires pour se rendre à l'Assemblée Nationale et au Sénat ?)
- Lutte contre "l'obsolescence programmée" : joli programme, qui va définir le jour de la panne de votre voiture, de votre lave linge ou de votre ordinateur ? Belle foutaise !
- Travaux de rénovation énergétique obligatoire en cas de ravalement ou d'ajout de nouvelle pièce dans l'habitation. Encore une contrainte supplémentaire inutile et non productive.
Bien sûr il faut ajouter la réduction du nucléaire et aussi la fameuse lutte contre les gaz à effet de serre. Ça va être coton ma chère Ségolène. S'il s'agit de suivre l'exemple de l'Allemagne, qui pollue plus depuis qu'elle réduit son parc nucléaire, alors non pas ça. Mais bon pas de panique, on parle de diviser par quatre le méchant dioxyde de carbone d'ici 2050, Ségolène aura 97 ans, je vous laisse deviner l'effet bénéfique que ça va lui faire à la bougresse.
Comment réduire la production énergétique sans réduire l'activité en France ? Serions nous en trop plein d'activité aujourd'hui ?
Beaucoup de nouvelles contraintes et interdictions comme dans toutes nouvelles lois voulant nous encadrer. Mais peut-être ne sommes nous pas assez encadrés, d'ailleurs pour nous inciter à pédaler, les employeurs auront la possibilité de nous verser une indemnité kilométrique si on a la bonne idée de se rendre au travail à vélo. A pied non (pas de prime de semelles), en footing, en parapente, à trottinette, à cheval ou à dos d'âne ça ne marche pas, tenez vous le pour dit, seulement à vélo ou à vélo électrique, les députés ont décidé. (attention peut-être n'y aura-t-il qu'une seule marque de vélo habilitée à nous transporter. Mais j'anticipe ! Quoique !)

Voilà encore une panoplie de grandes lois très utiles pour notre pays, mais comment a t'on pu s'en passer jusqu'ici ?

Dd

samedi 11 octobre 2014

Histoire probablement vraie.


La petite collation de cette fin de semaine s'attarde un petit peu. Les histoires que Serge raconte si bien, ponctuées par les rires des amis et des voisins, appellent cette dernière bouteille qu'on boit à la santé du petit dernier d'untel, puis cette autre dernière bouteille qu'on engloutit pour arroser le nouveau diplôme de l'aînée.
Il est 23h30, quand Ulysse, le "petit" Dobermann familial, vient camper son imposante stature au milieu des festivités, avec dans sa gueule, quelque chose d'indéfini que les effluves éthyliques empêchent d'identifier. Fier comme Artaban, son petit bout de queue ridicule tentant de brasser l'air du soir, le brave Ulysse attend sa flatterie en déposant son butin aux pieds des invités.
« Mais c'est Pitchoune ! » s'écrie Paulette la maîtresse de ces lieux de fiesta et aussi maîtresse de l'improbable Ulysse. Affolée et furieuse devant cette abomination, Paulette punit sur le champ l'infâme Dobermann, qui dépité, s'en retourne à sa niche, frappé d'anathème par l'assemblée vengeresse.
A l'issue d'un minutieux examen collectif autour de la boule de poils gisant à terre, tout ce petit monde de fêtards s'accorde à admettre qu'il s'agit bien de Pitchoune, la petite chienne bâtarde de leur vieux voisin. Tous arborent cette mine déconfite qui sied parfaitement à cette soirée définitivement gâchée. Que faire ?

Robert vit seul, en parfaite communion, avec sa petite Pitchoune depuis la mort de son épouse. Il est très attaché à son animal de compagnie, nul ne peut lui conter la triste mésaventure sans s'attendre à de douloureuses représailles.
La décision collective, issue de cerveaux embrumés, s'avère pour le moins surprenante. L'idée émane du cadet des convives qui déclare : « On va la laver, puis on la remet gentiment dans la niche ». Stupeur autour de la réflexion tordue du locuteur ! « Mais enfin, tu n'y penses pas, c'est idiot » lance une voix anonyme. Malgré le regain d'activité de quelques neurones encore vaillants, pas le moindre petit halo d'intelligence ne vient dessiller les yeux de cette sinistre communauté.
Personne n'ayant pondu une proposition plus sérieuse, le collectif s'affaire à baigner, nettoyer et parfumer le défunt animal avant de le glisser prudemment à l'intérieur de sa niche, sans éveiller le moindre soupçon de la part de ce malheureux Robert. Quelques rires mal venus viennent même polluer ce sombre spectacle, avant que tout ce petit monde s'éparpille vers des rêves ténébreux.

Le lendemain matin, Serge, le mari de Paulette, alors qu'il ouvre son portail, se retrouve nez à nez avec Robert. Ce dernier, le teint cireux, les yeux écarquillés, le front strié de rides inquiètes, les lèvres tremblantes, marmonne des paroles incompréhensibles en faisant des gestes saccadés comme on en voit le samedi soir dans les boîtes à la mode. Sans vergogne, Serge l'interpelle :
              -  Que vous arrive-t-il Robert ? On dirait que vous avez vu un fantôme !
              -  Écoutez, je comprends plus rien, ma chienne est morte voilà deux jours, je l'avais enterrée, et ce matin, alors que je voulais démonter sa niche, je la trouve toute propre et parfumée sur sa litière !
Mais dites-moi, vous avez veillé tard hier soir, vous n'avez rien vu ?
              -  Euh ! non !


Dd



jeudi 9 octobre 2014

Quelle ingratitude !


Fidèle à notre vieille amitié de plus de quarante ans, je tentais d'instruire de mon point de vue les carences de Sophie, comme je le fais presque tous les jours depuis notre première rencontre.
J'avais lancé cette conversation un peu comme un jeu. Puis c'est moi qui me suis pris au jeu. Tout d'abord, je lui disais qu'elle était chanceuse de se prélasser ainsi au soleil sans rien faire. Je lui reprochais gentiment de devoir lui fournir tout ce dont elle avait besoin pour survivre.
Tiens ! Parlons-en de sa nourriture : mademoiselle attend toujours qu'on lui serve son repas et sa boisson, alors que sa principale occupation s'appelle "farniente".
En compensation de son oisiveté maladive, je dirais que son estomac a peu d'exigences ; c'est vrai que quelques salades et quelques fruits lui suffisent. C'est sans doute un peu ma faute si elle se comporte ainsi, à l'avenir, je devrai remédier à cet état de fait.
 C'est précisément ce que je lui expliquais patiemment en lui tendant une magnifique figue, que j'avais pris soin d'ouvrir en deux morceaux pour qu'elle puisse la saisir facilement dans son bec. C'est alors que l'ingrate Sophie, ma vieille amie testudo, me tourna le dos avec dédain, en dandinant sa lourde carapace jusqu'à l'intérieur de sa tanière.

Dd